La Guadeloupe risque-t-elle de perdre 2 millions d'euros d'aides au bénéfice de la Martinique pour la production de bananes ?

La filière banane en Guadeloupe traverse une période critique, exacerbée par une décision gouvernementale susceptible de provoquer un transfert d’aides cruciales vers la Martinique. Cette modification du dispositif européen POSEI, destiné à accompagner le développement agricole spécifique aux Antilles, met à mal une économie locale déjà fragilisée par des contraintes sanitaires, économiques et sociales. Ce bouleversement suscite un profond désarroi chez les producteurs guadeloupéens, inquiets d’une perte estimée à 2 millions d’euros d’aides, soit environ 500 000 euros par an pour leur filière. La question de l’équité et de la solidarité régionale se pose avec acuité, notamment au regard des enjeux liés à la diversification agricole, à la préservation d’activités traditionnelles et à la stabilité économique des territoires insulaires.
Dans un contexte où la Guadeloupe fait face à une stagnation de sa croissance et à des difficultés liées à l’augmentation des coûts de production ainsi qu’à l’apparition de nouvelles maladies végétales, cette réallocation budgétaire met en lumière la complexité d’un équilibre fragile entre développement régional et défense des intérêts spécifiques. La gestion des aides européennes POSEI, partagée entre Guadeloupe et Martinique, illustre un débat qui dépasse l’agriculture et touche aux fondements mêmes du développement territorial dans les Caraïbes françaises.
À travers une analyse approfondie, cet article examine les implications économiques, sociales et politiques de ce possible réajustement des aides, en intégrant les témoignages des acteurs locaux, les défis auxquels ils sont confrontés et les stratégies envisagées pour préserver une filière emblématique.
La filière banane en Guadeloupe face aux enjeux économiques et sanitaires en 2025
La production de bananes reste une composante majeure de l’économie agricole guadeloupéenne. Toutefois, cette année voit se cristalliser des difficultés majeures, amplifiées par la crise sanitaire des plantations, notamment la menace persistante de la cercosporiose noire, une maladie fongique qui affecte sévèrement les bananeraies. Ce fléau a provoqué une chute significative de la production, contribuant à accroître la pression sur les producteurs, déjà pénalisés par la hausse des coûts des intrants comme les pesticides et les fertilisants.
Face à cette situation, les producteurs guadeloupéens bénéficient depuis plusieurs années des aides européennes du programme POSEI, qui vise à compenser les surcoûts liés à la production dans ces territoires ultra-marins. Mais en 2025, la Guadeloupe fait face à un danger accru : la menace d’une ponction de 2 millions d’euros sur ce budget, redirigée vers la Martinique pour soutenir la diversification agricole. Cette décision a soulevé une vive opposition en Guadeloupe, où elle est perçue comme une injustice envers une filière déjà fragilisée.
Le président de la SICA LPG, Francis Lignières, souligne que la filière banane guadeloupéenne repose à 80 % sur de petits producteurs, majoritairement propriétaires de moins de dix hectares. Cette réalité aggrave la vulnérabilité face aux changements financiers imposés sans concertation préalable. Le transfert de fonds, évalué à 500 000 euros par an, représente un coup dur dans un contexte où les producteurs doivent déjà composer avec des contraintes réglementaires strictes pour la gestion des traitements phytosanitaires.
- La cercosporiose noire fragilise la productivité des bananeraies
- Augmentation importante des coûts des intrants
- Présence majoritaire de petits exploitants agricoles
- Montée des contraintes réglementaires françaises et européennes
- Moratoire minimal sur les traitements autorisés
| Élément | Description | Impact en 2025 |
|---|---|---|
| Cercosporiose noire | Maladie fongique affectant la banane | Baisse de production estimée à 15% |
| Coûts des intrants | Pesticides, fertilisants, traitements phytosanitaires | +20% depuis 2023 |
| Aides POSEI | Soutien européen aux producteurs ultramarins | Risque de réduction de 2 millions d’euros |
Cette crise locale s’inscrit dans un contexte économique plus vaste marqué par une baisse de la croissance globale à laquelle fait face la Guadeloupe cette année, conséquence notamment de la contraction des investissements publics et privés. Les données publiées par l’INSEE confirment une situation délicate où la stagnation pèse sur l’emploi agricole et la capacité de renouvellement des exploitations.
Pour en savoir plus, consultez également ce article détaillé sur la panne de croissance en Guadeloupe.

La réallocation des aides POSEI : enjeux et contestations entre Guadeloupe et Martinique
Le transfert de 2 millions d’euros d’aides européennes du POSEI à destination de la Martinique bouleverse l’équilibre financier déjà fragile de la filière banane guadeloupéenne. Ce transfert s’inscrit dans un protocole national de lutte contre la vie chère, porté en Martinique par Serge Letchimy, président de la collectivité territoriale.
Cependant, cette mesure est loin de faire l’unanimité. Les producteurs guadeloupéens dénoncent une méthode unilatérale et une répartition des aides incohérente par rapport à l’enveloppe initiale, qui est une dotation antillaise répartie historiquement équitablement entre les deux îles. Cette enveloppe vise à soutenir spécifiquement une production agricole qui doit faire face à des surcoûts importants liés aux contraintes ultramarines, conditions communes mais à impacts locaux variables.
Francis Lignières affirme : « Ce n'est pas une enveloppe Martinique, c'est une enveloppe antillaise. » Selon lui, alors qu’une diversification agricole en Martinique est justifiée, ce ne doit pas se faire aux dépens d’une filière clé pour la Guadeloupe. Il rappelle aussi aux autorités l’importance d’un dialogue avec les représentants locaux avant toute modification, soulignant que la filière banane guadeloupéenne traverse actuellement ses pires difficultés.
Les producteurs mentionnent notamment :
- La nécessité d’un maintien des soutiens pour affronter la pression réglementaire sur les molécules autorisées
- L’enjeu de protéger une production appréciée par les consommateurs hexagonaux
- La crainte d’un effet domino sur les emplois agricoles et l’économie locale
- Le risque d’aggravation des inégalités territoriales entre les îles
- L’absence de concertation avec les acteurs guadeloupéens avant la prise de décision
Ce clash témoigne aussi d’une problématique plus large sur la répartition des compétences agricoles en outre-mer, où les intérêts locaux doivent être harmonisés à une stratégie politique nationale. Les conséquences pourraient être lourdes, avec des effets à moyen terme sur la cohésion territoriale et l’attractivité des productions locales comme Banamart, SIKO Bananes, Guadeloupe Bananes et Fruits de Guadeloupe, qui contribuent à l’identité économique guadeloupéenne.
Un premier point complet sur cette réalité complexe est disponible pour les lecteurs souhaitant approfondir le sujet ici : La banane de Guadeloupe et les aides POSEI.
L'impact sur les acteurs économiques locaux et la filière export
La diminution de ces aides menace directement des entités qui jouent un rôle central dans la chaîne de valeur bananière, notamment Antilles Primeur, Bananaloca et Sud Bananes. Ces entreprises assurent l’exportation et la commercialisation des bananes guadeloupéennes sur les marchés nationaux et européens.
Cette remise en cause financière pourrait entraîner :
- Une réduction de la compétitivité face aux bananes importées
- Des tensions accrues avec les partenaires commerciaux
- Une baisse de la qualité des produits proposés, faute d’investissement suffisant
- La fragilisation des emplois directs et indirects associés
Face à ces problématiques, la reconnaissance européenne du statut spécifique des filières ultramarines reste clé. Le débat s’étend également au plan national, portant sur la capacité des pouvoirs publics à soutenir efficacement une agriculture pérenne adaptée aux réalités insulaires, condition sine qua non pour maintenir la renommée des Saveurs Tropicales.
Les bouleversements socio-économiques liés à la baisse des aides agricoles dans les Antilles
La perte potentielle de 2 millions d’euros dans le budget POSEI pourrait avoir un effet domino sur la structure socio-économique de la Guadeloupe. Au-delà du secteur agricole, c’est tout un tissu local qui risque d’être impacté :
- Diminution des revenus des exploitants agricoles, majoritairement petits producteurs
- Réduction des emplois saisonniers et permanents liés à la filière banane
- Répercussions sur l’économie des communes rurales
- Contraction des investissements dans l’aménagement des terres agricoles et la modernisation des exploitations
- Pression accrue sur les familles, avec un potentiel accroissement de la monoparentalité et des difficultés sociales liées
En effet, la Guadeloupe souffre déjà d’une « panne de croissance » persistante, due notamment à une contraction des investissements privés et publics. Cette situation est analysée dans divers rapports socio-économiques, comme celui de l’INSEE, qui met en lumière une augmentation des inégalités dans l’île, et une difficulté à maintenir les services publics et infrastructures adaptés aux besoins locaux.
Ces enjeux sont étroitement liés à la santé économique de la filière banane, une des rares niches agricoles encore significatives, aux côtés de l’émergence de solutions diversifiées. Cette mutation se reflète dans des programmes soutenus par Plantes d'Or et Terres de Martinique qui encouragent la diversification et la durabilité.
Le tableau suivant illustre l’incidence de la baisse des aides POSEI sur différents paramètres socio-économiques clés :
| Paramètre | Impact estimé | Conséquences directes |
|---|---|---|
| Revenus agricoles | -10% en moyenne | Baisse du pouvoir d'achat des producteurs |
| Emploi | -8% dans la filière banane | Perte d’emplois saisonniers et permanents |
| Investissements agricoles | -15% | Renouvellement des exploitations retardé |
| Services sociaux | Augmentation des besoins | Pression accrue sur les communes rurales |
À ce sujet, les acteurs locaux mènent régulièrement des initiatives pour renforcer la résilience socio-économique, à l’image du séminaire sur l’efficacité des actions territoriales ou encore les projets de développement local axés sur l’agroécologie et la relocalisation des circuits courts.
Stratégies agricoles et perspectives d’avenir : évolution et diversification en Guadeloupe
Face à ces secousses financières, la filière banane guadeloupéenne développe des stratégies pour s’adapter et maintenir sa place sur le marché. Le recours à la diversification est une piste majeure, permettant de réduire la dépendance à la banane classique soumise à des aléas phytosanitaires sévères et à la volatilité des marchés.
Des initiatives comme Banamart, SIKO Bananes et Bananaloca encouragent une production plus résiliente et responsable. Le développement de variétés résistantes, telles que les bananes Cirad 925, piloté par des acteurs innovants comme Saveurs Tropicales, illustre la volonté d’innover au cœur des exploitations.
Par ailleurs, la montée des préoccupations environnementales conduit à une mutation profonde de la filière :
- Promotion d’une agriculture durable et éco-responsable
- Optimisation de l’impact carbone des productions, soutenue par des organismes comme l’UGPBAN
- Développement de circuits courts pour valoriser les productions locales
- Soutien à la diversification via des cultures alternatives proposées par Terres de Martinique et Plantes d’Or
Cette transition s’accompagne également d’un renouvellement générationnel et d’une valorisation nouvelle du métier de planteur, avec un accent sur la formation et l’accompagnement technique, afin de garantir une relève solide et engagée à long terme.
Pour mieux comprendre ces transformations, une analyse complète est accessible ici : mutation de la filière banane en Guadeloupe.

Liste des solutions mises en œuvre pour sécuriser la filière banane :
- Recherche et développement de variétés résistantes
- Appui technique et formation des producteurs
- Valorisation du label « Fruits de Guadeloupe »
- Promotion des cycles courts avec des partenaires locaux
- Soutien à la diversification agricole et développement de l’agroécologie
Impact politique et médiatique du conflit autour des aides européennes agricoles
Le débat sur la réduction des aides POSEI a pris une dimension politique importante, révélant les tensions entre la Guadeloupe et la Martinique. Ce différend illustre les enjeux plus profonds liés à la gestion des fonds publics européens dans les territoires ultramarins, où la légitimité des décisions gouvernementales est régulièrement questionnée par les acteurs du terrain.
Les représentants guadeloupéens, à l’image de Francis Lignières, ont exprimé publiquement leur frustration, alertant sur le risque d’affaiblissement d’une filière emblématique. La prise de position médiatique a mobilisé de nombreuses structures du monde agricole, de la production à la distribution, notamment Antilles Primeur et Sud Bananes.
Cette controverse a donné lieu à de nombreuses prises de paroles dans les médias locaux et nationaux, créant un véritable effet de levier pour une discussion plus large autour de :
- L’équilibre entre soutien à la production traditionnelle et soutien à la diversification agricole
- La nécessaire concertation entre collectivités territoriales et organismes agricoles
- La pérennisation des emplois dans les territoires insulaires
- La transparence dans la gestion des aides POSEI
- Le respect des engagements pris précédemment par l'État français
Le dialogue engagé propose une occasion unique de repenser les modalités d’accompagnement de l’agriculture aux Antilles, tout en conciliant les intérêts économiques et sociaux. Cette dynamique alimente par ailleurs la visibilité d’acteurs engagés dans une agriculture durable, contribuant à renforcer la notoriété des marques et labels locaux, tels que Banamart et Saveurs Tropicales.
Pour suivre les développements de cette actualité, retrouvez plus d’informations sur la situation dans cet article complet : Réduction des aides POSEI en Guadeloupe.
Éléments-clés à retenir du conflit :
- Importance vitale des aides européennes POSEI pour la filière
- Opposition frontale entre Guadeloupe et Martinique sur le transfert de fonds
- Risque de fragilisation économique et sociale en Guadeloupe
- Mobilisation des acteurs locaux pour défendre leurs intérêts
- Appel à un dialogue renforcé entre les territoires
Questions fréquentes sur la situation des aides à la filière banane antillaise
Qu’est-ce que le programme POSEI et quel est son rôle pour la Guadeloupe et la Martinique ?
Le programme POSEI (Programme d'Options Spécifiques à l'Éloignement et l'Insularité) est un dispositif européen visant à soutenir les régions ultrapériphériques comme la Guadeloupe et la Martinique. Il permet de compenser les coûts élevés liés à la production agricole dans ces zones isolées, notamment pour la filière banane, afin d’assurer sa compétitivité sur les marchés européens.
Pourquoi la Guadeloupe pourrait-elle perdre 2 millions d’euros d’aide ?
Cette perte provient d’une décision gouvernementale de réallouer une partie de l’enveloppe financière POSEI pour soutenir la diversification agricole en Martinique. Cette mesure, motivée par un protocole contre la vie chère, implique un prélèvement sur les fonds initialement dédiés aux producteurs guadeloupéens.
Quelle est la réaction des producteurs guadeloupéens ?
Les producteurs expriment une forte opposition, évoquant une injustice et dénonçant un manque de concertation. Ils rappellent aussi les difficultés rencontrées avec des maladies comme la cercosporiose noire et la hausse des coûts, qui rendent indispensable le maintien total des aides.
Quels sont les enjeux économiques de cette réallocation ?
Au-delà de la gestion financière, la réallocation menace la pérennité de la filière, l’emploi local, et risque d’aggraver les inégalités entre les îles. Elle impacte aussi la chaîne commerciale, affectant des acteurs comme Fruits de Guadeloupe ou Antilles Primeur.
Quelles solutions sont envisagées pour préserver la filière ?
Les stratégies se dirigent vers la diversification des cultures, le développement de variétés résistantes, et un soutien accru à l’agroécologie. La formation des jeunes planteurs et la consolidation des circuits courts figurent également parmi les réponses pour renforcer la filière.