La filière banane en Guadeloupe : une perte annuelle de 500 000 euros face à l'essor de la diversification agricole en Martinique

La filière banane en Guadeloupe, longtemps considérée comme un pilier économique essentiel, fait face à une crise profonde amplifiée par des décisions politiques récentes. En 2025, une ponction de 500 000 euros annuels a été opérée sur l’enveloppe POSEI dédiée à cette production, en faveur d’une politique de diversification agricole en Martinique. Cette réallocation budgétaire, décidée dans le cadre du protocole de lutte contre la vie chère, fait naître un vif mécontentement chez les acteurs guadeloupéens, qui dénoncent une mesure prise sans concertation et au détriment de leur économie. Pendant que la Martinique met en avant ses exploitations agricoles diversifiées, notamment dans les filières de produits tropicaux variés, la Guadeloupe doit faire face à la contraction des aides pour une production traditionnelle largement remise en cause par des défis économiques et climatiques. Ce recul des financements impacte directement les structures comme Banamart, la Sica LPG, et les réseaux emblématiques tels que Banagwad et Guadeloupe Primeurs, qui portent l’économie bananière locale. Entre bouleversements institutionnels, mutations agricoles et enjeux de souveraineté alimentaire, le secteur est pris dans une tourmente qui questionne son avenir et la place qu’il occupera face à l’essor de l’agriculture diversifiée en Martinique.
Répartition des fonds POSEI et perte économique pour la filière banane guadeloupéenne
Depuis 2007, le dispositif POSEI (Programme d'Options Spécifiques à l'Éloignement et à l'Insularité) a constitué une bouée essentielle pour la filière banane en Guadeloupe et en Martinique, représentant un budget annuel de 129 millions d'euros. Ces aides financières ont permis d’amortir les contraintes logistiques et productives dues à l’insularité. Cependant, l’année 2025 marque un tournant, avec une réduction significative des dotations. Le gouvernement français a en effet validé une ponction de 2 millions d'euros sur l’enveloppe globale allouée à la filière, visant à renforcer le soutien à l’agriculture diversifiée en Martinique. Ce prélèvement correspond à une perte annuelle de 500 000 euros pour la Guadeloupe, qui se retrouve privée d’une part substantielle des aides qui lui étaient jusque-là dédiées.
Francis Lignières, président de l’association Les Producteurs de Guadeloupe (LPG), illustre parfaitement le mécontentement local : cette décision, prise sans consultation approfondie, est vécue comme une trahison par les planteurs de bananes guadeloupéens. Cette démarche, soutenue par le président de la Collectivité Territoriale de Martinique Serge Letchimy, vise à financer des petites exploitations multi-cultures favorisant la sécurité alimentaire locale. Pourtant, les professionnels guadeloupéens soulignent que la filière banane captive déjà 80 % du budget POSEI et que réduire cette aide fragilise durablement un secteur déjà menacé par la baisse de la production et l’abandon d’aides initialement promises pour 2025-2026.
La répartition modifiée des fonds POSEI soulève plusieurs inquiétudes :
- Diminution du pouvoir d’investissement des exploitations agricoles bananières en Guadeloupe, avec des répercussions directes sur la qualité et la compétitivité des bananes produites.
- Contrainte à la modernisation des exploitations, avec moins de moyens pour adopter des pratiques durables et innovantes, que promeuvent par exemple les initiatives Agribananes ou FruitiGuadeloupe.
- Perte de parts de marché face à la concurrence internationale, qui s’intensifie alors que la filière locale rencontre des difficultés sanitaires et climatiques.
- Fragilisation des réseaux commerciaux tels que Banamart et Guadeloupe Primeurs, qui jouent un rôle clé dans la distribution et la commercialisation.
| Année | Enveloppe POSEI Globale (€) | Part allouée à Guadeloupe (€) | Part allouée à Martinique (€) | Ponction annuelle (2025) (€) |
|---|---|---|---|---|
| 2024 | 129,000,000 | Environ 75,000,000 | Environ 54,000,000 | 0 |
| 2025 | 127,000,000 | ~74,500,000 | ~52,500,000 (+ soutien agricole diversifié) | 2,000,000 (réparti, avec 500,000 € ponction Guadeloupe) |
Cette évolution témoigne d’un changement stratégique où les enjeux de diversification agricole en Martinique priment désormais sur le soutien traditionnel à la filière banane guadeloupéenne. Pour en savoir plus sur ces mutations et leurs impacts, lire cet article détaillé Banane de Guadeloupe et Martinique : « En 2025 beaucoup de planteurs…».

Les défis économiques et environnementaux qui fragilisent la filière banane en Guadeloupe
La filière banane guadeloupéenne est en proie à une conjonction de difficultés qui compromet sa pérennité. D’un côté, la pression économique est accrue par la hausse des coûts de production, notamment à cause de l’inflation généralisée qui affecte le prix des intrants agricoles, l’énergie, et la main-d’œuvre. Cette situation s'ajoute au retrait partiel des aides, ce qui pèse lourdement sur la rentabilité des exploitations.
Les productions locales doivent également composer avec des problèmes sanitaires. Le Sigfa (Syndicat des planteurs de bananes) met en garde contre la recrudescence de maladies du bananier, telles que le fusarium et le black sigatoka, qui causent des pertes significatives de rendement. La lutte contre ces pathologies nécessite des investissements continus, souvent compliqués par la baisse des aides et la difficulté d’accès à des produits phytosanitaires adaptés, malgré les efforts engagés pour diminuer l’usage des pesticides nocifs en faveur d’une agriculture plus durable portée par des acteurs comme Agribananes.
Par ailleurs, la Guadeloupe subit régulièrement les épisodes climatiques violents, avec une saison cyclonique particulièrement intense cette année selon les observations recensées (saison cyclonique 2025 Guadeloupe). Ces événements dévastateurs provoquent des interruptions de la production, des dégâts aux infrastructures agricoles, et un grippage des chaînes logistiques. Les producteurs, notamment ceux impliqués dans Banapolis et la coopérative Gwadabanane, doivent souvent faire face à des coûts de remise en état colossaux, sans disposer des ressources suffisantes.
Les conséquences de ces défis sont multiples :
- Réduction des volumes exportés, fragilisant la balance commerciale locale.
- Augmentation de la vulnérabilité des exploitations modestes face aux aléas de marché.
- Difficultés à attirer les nouvelles générations dans la culture bananière.
- Déséquilibre entre efforts environnementaux et contraintes économiques.
| Facteurs | Impact sur la filière banane Guadeloupe | Exemples et acteurs impactés |
|---|---|---|
| Inflation des coûts | Diminution de la rentabilité | Banamart, Guadeloupe Primeurs |
| Maladies (Sigfa) | Perte de rendement | Agribananes, producteurs individuels |
| Saison cyclonique | Dégâts matériels, pertes de production | Banapolis, Gwadabanane |
Un article du Sud Ouest dresse un constat alarmant de la crise existentielle récente que traverse la filière, pointant la nécessité d’un soutien renforcé face à ces menaces conjuguées.
Vers une agriculture plus durable : un nécessaire rééquilibrage
La transition vers des pratiques durables impliquant la réduction des pesticides, la diversification des cultures et l’adoption de nouvelles technologies est encouragée par plusieurs acteurs. FruitiGuadeloupe et la Sica LPG développent des projets innovants visant à promouvoir la qualité et la traçabilité tout en respectant l’environnement. Cependant, les marges de manœuvre sont réduites par le manque de financement, amplifié par la baisse des aides traditionnelles. Le défi est de taille pour conjuguer rentabilité économique et protection de la biodiversité.
L’essor de la diversification agricole en Martinique : stratégies et soutiens financiers
La Martinique, de son côté, a investi depuis plusieurs années dans un programme ambitieux de diversification agricole. Piloté par la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), ce plan vise à renforcer l'autonomie alimentaire tout en développant des filières variées, intégrant fruits tropicaux, légumes anciens, et productions biologiques. Cette stratégie est soutenue fortement par le gouvernement, justifiant la réallocation des fonds POSEI pour accompagner ces petits exploitants agricoles multi-productions.
Les avantages de cette diversification sont nombreux :
- Réduction de la dépendance aux monocultures traditionnelles exposées aux aléas climatiques ou sanitaires.
- Création de filières innovantes permettant un développement économique local plus résilient.
- Favorisation de la consommation locale, avec un impact positif sur la souveraineté alimentaire et la lutte contre la vie chère.
- Soutien aux petites exploitations souvent négligées dans les modèles traditionnels, avec un accompagnement technique et financier adapté.
Ce dynamisme est illustré par plusieurs programmes locaux et acteurs qui émergent, comme des initiatives pour la réimplantation des légumes anciens, ou encore des coopératives s’appuyant sur une agriculture respectueuse de l’environnement, comme Terra de Banane.
| Initiative | Description | Impact attendu |
|---|---|---|
| Plan d’autonomie alimentaire CTM | Programme lancé en 2024, axé sur la diversification et les petites exploitations | Réduction de l’importation alimentaire, soutien des circuits courts |
| Soutien financier POSEI | Redirection de 2 millions d’euros vers les secteurs diversifiés | Augmentation de la résilience économique |
| Accompagnement technique | Formation et appui pour optimiser les cultures diversifiées | Modernisation agricole locale |
La volonté politique martiniquaise s’illustre aussi par des prises de parole publiques, indiquant un engagement ferme en faveur d’une transition agricole durable. Ce positionnement est visible dans plusieurs médias, dont LSA Conso et le rapport économique IEDOM qui analysent ces transformations de fond.
Impacts économiques et perspectives pour la Guadeloupe face à la diversification
Face à cette montée en puissance de la diversification agricole martiniquaise, la Guadeloupe est confrontée à un dilemme stratégique : poursuivre l’effort sur une filière banane sous tension ou s’engager dans un virage vers plus de diversité agricole. Le manque actuel de ressources renforce la pression sur les producteurs traditionnels comme Banamart ou Gwadabanane, qui peinent à innover face aux coûts élevés et à la concurrence accrue.
Une option envisagée serait une coopération renforcée entre les acteurs guadeloupéens et martiniquais, pour optimiser les ressources et répartir les risques économiques. Les réseaux commerciaux doivent eux aussi s’adapter pour valoriser des produits plus diversifiés et répondre aux attentes d’un marché local et international en transformation.
- Renforcement des échanges inter-régionaux pour mutualiser savoir-faire et ressources techniques.
- Promotion des labels locaux comme Terre de Banane et FruitiGuadeloupe, garants de qualité et d’authenticité.
- Développement de circuits courts pour soutenir les producteurs locaux et diminuer l’empreinte écologique.
- Appui accru aux jeunes agriculteurs pour assurer la relève et le renouvellement des compétences.
Le défi reste d’équilibrer tradition et innovation afin d’assurer la pérennité du secteur agricole guadeloupéen dans un contexte régional en pleine mutation. Pour une meilleure compréhension des enjeux et dynamiques actuels, ce reportage est éclairant : chute de la production et perspectives.

Les mobilisations et réponses locales face à la crise de la filière banane guadeloupéenne
Face au retrait partiel des aides financières, les producteurs guadeloupéens se mobilisent intensément. Le Sigfa, la Sica LPG, ainsi que des associations comme Les Producteurs de Guadeloupe expriment avec force leur opposition à ce qu’ils considèrent comme une injustice budgétaire. Francis Lignières a adressé plusieurs courriers aux plus hautes instances gouvernementales, notamment au préfet Thierry Devimeux, pour dénoncer cette décision prise « au détriment » de la Guadeloupe.
Cette contestation dépasse le cadre strictement agricole, puisqu’elle mobilise aussi les élus locaux, les acteurs économiques liés au secteur bananier, dont Guadeloupe Primeurs, et financements solidaires tels ceux évoqués dans les initiatives fonds d’indemnisation pesticides. Un appel est lancé pour une concertation plus équilibrée entre les territoires, afin d’éviter une fracture agricole entre la Guadeloupe et la Martinique.
Par ailleurs, la crise a révélé d’autres problématiques sociales et économiques locales, telles que les difficultés salariales liées aux collaborateurs de certaines structures agricoles ou coopératives. Par exemple, des mobilisations récentes comme celle des employés de la CUMA de La Plaine soulignent les tensions internes autour des conditions de travail et de rémunération (mobilisations salariales).
- Actions de protestation et campagnes de sensibilisation auprès des pouvoirs publics.
- Renforcement des réseaux d’entraide entre producteurs pour partager informations et ressources.
- Développement de projets alternatifs afin de diversifier localement la production sans renier l’identité bananière.
- Dialogue avec les institutions pour une meilleure prise en compte des réalités du terrain dans les décisions politiques.
Le maintien d’une filière banane dynamique est perçu comme essentiel pour la Guadeloupe, non seulement pour son impact économique mais aussi pour son rôle culturel et social dans l’archipel. Ces dynamiques sont suivies de près par les médias locaux et nationaux, dont un reportage réalisé lors du Salon de l’Agriculture alertant sur la situation critique.
Perspectives d’avenir : concilier filière banane et diversification pour un modèle agricole équilibré en Guadeloupe
Le futur de la filière banane en Guadeloupe passe nécessairement par une capacité d’adaptation et une ouverture vers un modèle agricole plus diversifié. L’expérience martiniquaise montre que soutenir les petites exploitations multi-cultures permet non seulement de renforcer l’autonomie alimentaire, mais aussi de réduire la fragilité économique des producteurs face aux aléas climatiques et sanitaires.
Les organismes comme Banamart ou Banagwad commencent à explorer ces pistes, en combinant la valorisation du bananier traditionnel à des productions complémentaires. Ce changement implique :
- Investissements dans la formation pour que les producteurs acquièrent des compétences nouvelles et diversifiées.
- Création de filières intégrées associant bananes et autres cultures tropicales, sous l’égide d’initiatives comme FruitiGuadeloupe.
- Soutien institutionnel renouvelé pour assurer un financement adapté aux besoins d’une agriculture multifacette.
- Promotion de labels et certifications valorisant l’engagement local et écologique.
Un tableau synthétique montre les axes majeurs de convergence possibles :
| Axe | Objectif | Acteurs clés | Retombées attendues |
|---|---|---|---|
| Formation et accompagnement | Développer des compétences diversifiées | Banamart, Agribananes | Meilleure adaptation aux marchés |
| Innovation agricole | Création de nouvelles filières durables | FruitiGuadeloupe, Terre de Banane | Renforcement de la résilience |
| Soutien politique | Obtenir un financement équilibré | Sigfa, Guadeloupe Primeurs | Stabilité financière accrue |
| Label et marketing | Valorisation de l’identité régionale | Banagwad, collectivités locales | Meilleure reconnaissance |
Les acteurs guadeloupéens sont ainsi invités à conjuguer savoir-faire traditionnel et impulsion vers des pratiques agricoles plus diversifiées. La réussite de cet équilibre sera déterminante pour assurer l’avenir agricole et économique de la Guadeloupe face aux défis régionaux. Ce débat est notamment analysé dans un rapport approfondi disponible sur le site du ministère de l’agriculture Banane : la mutation de toute une filière en Guadeloupe.
Questions fréquentes sur la filière banane et la diversification agricole en Guadeloupe
Pourquoi la Guadeloupe perd-elle 500 000 euros de soutien financier chaque année ?
Cette ponction fait suite à une décision gouvernementale de réallouer une partie des fonds POSEI en faveur d’un soutien accru à la diversification agricole en Martinique, dans le cadre d’un plan pour lutter contre la vie chère et soutenir la sécurité alimentaire.
Quels sont les principaux acteurs de la filière banane en Guadeloupe ?
Parmi les plus influents figurent Banamart, Banagwad, Guadeloupe Primeurs, la Sica LPG, ainsi que le Sigfa qui regroupe les planteurs de bananes.
Quels impacts la baisse des aides a-t-elle sur la production locale ?
Elle réduit les ressources disponibles pour investir dans la lutte contre les maladies, la modernisation des exploitations et la commercialisation, menant à une baisse de la compétitivité et de la production.
Comment la Martinique bénéficie-t-elle de cette réorientation des fonds ?
La Martinique oriente ces financements vers le soutien des petites exploitations diversifiées, dans une démarche visant à renforcer son autonomie alimentaire et à promouvoir une agriculture plus résiliente.
Quelles perspectives pour la filière banane guadeloupéenne ?
La filière doit envisager une diversification progressive, combinant la tradition bananière avec des pratiques agricoles innovantes et durables, avec un accompagnement accru des acteurs publics et privés.